Archives de Catégorie: Parutions et coups de coeur

Pome ou les petites choses…

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Comme promis dans mon précédent post, aujourd’hui, je vais vous parler de Pome ou les petites choses, de son créateur, Johan Troïanowski mais aussi de la maison d’édition qui a choisi d’éditer cet ouvrage, Les éditions du Poisson Soluble.

Parlons d’abord de Johan Troïanowski. Voilà un auteur-illustrateur-bédéiste qui s’est très tôt engagé dans la promotion de la BD alternative. Après les Beaux-arts, il crée une revue de bandes dessinées et participe à de nombreux fanzines. En parallèle, il illustre des recueils de poésies pour enfants aux éditions Pluie d’étoiles et Gros textes. En 2009 paraît sa première bande dessinée, Rouge, chez Makaka Editions qui comporte trois tomes et sera suivie de Pome ou les petites choses aux éditions du Poisson Soluble en 2012. Son style graphique, minimaliste et épuré, s’accorde avec brio à un univers poétique drôle et étonnant.

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Parlons maintenant de Pome, une BD de 64 pages dans un format longiligne dans laquelle Johan Troïanowski nous invite à suivre les déambulations, rencontres et mésaventures de Pome, une petite fille a priori sans histoires, dans un univers onirique et dépouillé rempli de poésie. Au cours de son périple, Pome va rencontrer des moutons, un épouvantail, un indien et même le squelette d’un mathématicien. Que dévoiler de plus si vous n’avez pas encore foncé chez votre libraire pour acquérir cet ouvrage ? Comme à son habitude (et pour connaître les habitudes de Johan Troïanowski, je vous invite à lire ses ouvrages chez Pluie d’étoiles, le dernier vient de sortir !, mais aussi la série Rouge chez Makaka ou encore son blog), l’auteur joue avec les codes de la bande dessinée, il interpelle le lecteur et l’invite même à secouer l’ouvrage pour remettre de l’ordre dans l’histoire. Avec Johan Troïanowski, vous êtes assuré de faire un voyage immobile à la merveille. Alors dépêchez-vous de tourner les pages !

Et pour finir de vous donner envie de lire Pome, je vais vous parler de son éditeur, Le Poisson Soluble. Créée en 1989 (23 ans déjà !) par Olivier Belhomme et Stéphane Queyriaux, L’Atelier du Poisson Soluble propose un catalogue exigeant tant sur le plan du choix des thèmes que sur le plan de la réalisation graphique et de la diffusion auprès du public. Au Poisson Soluble, tout ou presque est géré en interne et en prenant son temps. On compte notamment au catalogue les incontournables Bou et les trois zours d’Elsa Valentin et Ilya Green, Je ne m’appelle pas Bernard de Claire Cantais, Les Chimères génétiques de Julie Lannes (prix Sorcières dans la catégorie documentaire en 2012) mais aussi des albums moins connus mais tout aussi extraordinaires comme Le jour où j’ai perdu mon temps d’Agnès de Lestrade et Julie Ricossé ou Angèle et le cerisier de Raphaële Frier (auteure dont nous parlions ici) et Teresa Lima. Le Poisson Soluble, ce sont aussi des ouvrages de référence dont Lire l’album, de la spécialiste de la littérature jeunesse Sophie Van Der Linden et une revue, Hors Cadre(s), « observatoire de l’album et des littératures graphiques » dirigé par la même Sophie Van Der Linden et à laquelle contribuent de nombreux professionnels du livre pour enfants. Pour en savoir plus sur Le Poisson Soluble, suivez le guide !

Dédicace de Johan Troïanowski pour Pome

                                                                             Dédicace de Johan Troïanowski pour Pome

Les Grandes Personnes et Lucie Félix primées par les libraires Sorcières

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C’est avec une grande admiration pour leur travail que j’ai appris aujourd’hui que le Prix du Premier Album décerné par les libraires Sorcières (rassemblant les libraires spécialisés en littérature de jeunesse, que vous pouvez suivre sur leur blog) couronnait cette année un album des éditions Les Grandes Personnes.

Crée en 2009, le Prix Premier Album a pour vocation de repérer des talents naissants qui publient, dans l’année, un premier album jeunesse de création. Et cette année, c’est Lucie Félix et son album 2 yeux ? qui remportent ce prix. Une belle récompense aussi pour son éditrice, Brigitte Morel, ancienne éditrice aux éditions du Seuil jeunesse, qui après les éditions Du Panama, a crée fin 2009 la maison d’édition Les Grandes Personnes.

Les Grandes Personnes, ce sont grands albums illustrés, des pop up éblouissants, des livres-jeux créatifs dans la continuité des ouvrages précédemment publiés par Brigitte Morel. Un condensé de créativité, d’audace graphique et d’exigence de la qualité concentré autour d’une certaine idée du livre, en tant qu’objet et oeuvre d’un artiste. Une idée du livre qui se rapproche ainsi du concept de « livre d’artiste » et de la théorie du livre comme support de « l’art comme un jeu » élaborée par le célèbre designer et artiste italien Bruno Munari (d’ailleurs réédité cette année par la maison avec Dans la nuit noire et Dans le brouillard de Milan).

C’est donc dans cet esprit que Brigitte Morel collabore avec des artistes comme Kveta Pacovska (voir absolument les très colorés Couleurs du jour et L’invitation), Claire Dé (A toi de jouer), UG (cf. l’explosif Big bang pop et le poétique Drôle d’oiseau) mais aussi et plus récemment Katsumi Komagata (sortie de Reverso, 4 puzzles recto verso pour jouer avec les formes et les couleurs en mars prochain).

Il y a aussi les incontournables de la maison : Annette Tamarkin, avec laquelle Brigitte Morel a développé une série de livres pour les tout-petits tous plus amusants et stimulants sensoriellement les uns que les autres; Pittau et Gervais et leur série animée sur les animaux; Henri Galeron et son humour pictural décapant… et bien sûr tous les autres !

Encore bravo à l’auteur-illustratrice Lucie Félix pour ce beau Prix et longue, très longue vie aux éditions Les Grandes Personnes qui nous offrent de si beaux livres-objets qui donnent à voir, à sentir et à penser autrement aux enfants d’aujourd’hui et aux adultes de demain !

Pour suivre l’actualité des éditions Les Grandes Personnes, c’est ici.

 

Raphaële Frier n’est pas une huître

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Ce matin, j’ai eu l’occasion et le plaisir de participer à un atelier d’écriture animé par l’auteur jeunesse Raphaële Frier. Et le moins qu’on puisse dire c’est que contrairement au personnage de son dernier roman, paru il y a trois jours chez Thierry Magnier, dans la collection « Petite Poche », Raphaële est loin d’être une huître. Cette petite bonne femme pleine d’énergie a plusieurs casquettes (ou chapeaux ou bonnets selon les saisons) : institutrice de formation, elle est également depuis 2009 auteur d’albums, premières lectures et romans pour enfants et adolescents. Raphaële est une amoureuse des livres et de l’objet papier : elle aime lire et écouter des histoires, en bricoler à partir d’une page de dictionnaire ou plusieurs extraits de contes et inventer à l’infini des univers faits d’images, de bouts de papier et de mots. Pudique et rêveuse, elle apprécie par dessus tout de partager la lecture avec les enfants comme les adultes. Avec simplicité et un regard d’enfant, ces textes abordent les problématiques du quotidien (l’amour, la différence et le regard des autres) et les plaisirs simples de la vie.

Bibliographie de Raphaële Frier :

– Avec Audrey Pannuti (ill.) : Nour a perdu son sourire, Maxmilo, 2009 ; Dur, dur les mots doux !, Rouge Safran, 2009; La recette du moi, Naïve, 2011.

– Avec Clotilde Perrin (ill.) : Un baiser à la figue, Mango, 2009; Pedro à 100 à l’heure, Mango, 2010.

– Avec Teresa Lima (ill.) : Angèle et le cerisier, Atelier du Poisson Soluble, 2011

– Avec Ghislaine Herbera (ill.) : Ma mère est une femme à barbe, Tourbillon, 2011

– Romans : Vol plané, « Le feuilleton des Incos », T. Magnier, 2012; Je veux un python pour mon anniversaire, ill. Solenn Larnicol, Rue du Monde, 2012; Tu serais une huître, « Petite poche », T. Magnier, 2013.

Un extrait du dernier titre de Raphaële, Tu serais une huître, paru le 16 janvier:

« Parfois les maisons ont des noms. Celle de mes grands-parents, par exemple, s’appelle « La Randonière ». Chaque année, j’y passe le mois d’août avec ma soeur et mes cousins. C’est une maison à la campagne, pleine d’araignées, de bd déchirées qui sentent le vieux papier, de coussins tricotés et d’escaliers qui montent au grenier. Le meilleur endroit du monde pour jouer et ne jamais s’ennuyer !

Le problème cette année, c’est que je perds à tous les jeux. Je perds aux cartes, à la course d’escargots, aux petits chevaux… Je n’ai pas gagné une seule fois depuis le début des vacances. Je suis sûre qu’il y a de la triche. Hier, j’ai encore perdu au Monopoly, alors j’ai pleuré de rage et tout le monde s’est moqué de moi.

Aujourd’hui on a changé, on a fait un « Si j’étais », le jeu le plus débile de la Terre. Cette fois je n’ai pas perdu, mais j’ai quand même encaissé une mauvaise nouvelle : selon ma soeur et mes cousins, si j’étais un animal, je serais une huître ! Renaud serait un aigle royal, Louis un cheval, et Clara une panthère noire. Moi, je me contenterais de l’huître, la bête qui inspire le plus de «beurk», dépourvue de cerveau, d’oeil, de sang, de coeur… gluante par-dessus le marché, susceptible de manquer de fraîcheur et de vous rendre malade en attaquant vos boyaux. Je ne parle même pas du sort cruel qu’on lui réserve pour la déguster dans les meilleures conditions, c’est-à-dire crue et… encore vivante. »

Une critique des libraires de La Soupe de l’Espace, à Hyères.

Et enfin, quelques photos de mes réalisations lors de l’atelier d’écriture proposé par Raphaële :

une sorte de récit policier à partir des mots d’une page de dictionnaire…

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Un texte court qui doit dire l'essentiel en quelques découpes

Un texte court qui doit dire l’essentiel en quelques découpes

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Caroline Dalla « Dans tous ses états »

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Parce que la Culture à Marseille n’a pas attendu l’année capitale européenne pour exister, et après ce beau moment de rassemblement que fut le week-end d’ouverture, laissez-moi à nouveau vous parler de ce qui me passionne un peu plus chaque  jour : la littérature de jeunesse.

A partir de vendredi prochain, l’auteur-illustratrice Caroline Dalla expose dans la boutique Oh C Bio ! [219, rue Rabelais, 13016 Marseille] peintures et illustrations. Du haut de sa grande taille, Caroline est une grande rigolote : née à Strasbourg, elle a suivi les cours de l’Ecole d’arts décoratifs avant de venir s’installer à Marseille. En 2008, elle participe avec Juliette Grégoire à la création des éditions l’Initiale. Elle y publie plusieurs albums, de Pasapas à Comptine, en passant par Nine en cheminDieu à la cantineAbécédaire et plus récemment, C’est quand qu’on est grand ? et C’est fermé ! Avec un style graphique simple et beaucoup d’humour, Caroline Dalla offre aux jeunes apprentis lecteurs de très beaux voyages imaginaires et poétiques.

J’en profite pour vous présenter la maison d’édition estaquéenne L’Initiale, qui publie les ouvrages de Caroline Dalla. L’éditrice, Juliette Grégoire, est une personne curieuse et généreuse : elle propose aux enfants des contes philosophiques et poétiques qui permettent de réfléchir aux grandes questions qui nous turlupinent dès le plus jeune âge (l’amour, la mort, la vie, l’art, l’écologie…). Contrairement à ce qu’on pourrait penser, chaque ouvrage, de format carré, se présente sous une forme à la fois très simple et accessible pour les plus petits. Le texte est drôle et intelligent et les illustrations riches en propositions graphiques et poétiques. Pour plus de lisibilité, trois collections existent aujourd’hui : la collection « Philo et citoyenneté » invite les enfants à se questionner sur des problèmes liés à leur quotidien et à leurs sentiments ; la collection « l’Utile » joue avec l’apprentissage des chiffres, des lettres, des mots; la collection « L’Agréable »  s’amuse avec les codes de toutes natures. Pour en savoir plus, allez faire un tour sur le site de L’Initiale.

Et venez nombreux découvrir le travail de Caroline Dalla. le vernissage de l’exposition a lieu vendredi 18 janvier à partir de 18h30.

Exposition Caroline Dalla

« L’Art du pop up », Jean-Charles Trebbi, éditions Alternatives : le premier ouvrage français consacré aux livres animés

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Après L’Art du pli paru en 2008 et L’Art de la découpe en 2010, l’architecte papier Jean-Charles Trebbi publie ce mois-ci aux éditions Alternatives L’Art du Pop-up et du livre animé. Edité simultanément en anglais et en français, cet ouvrage porte un regard actuel sur l’extrême diversité des livres animés.

Architecte de formation, mais également designer, artiste et théoricien, Jean-Charles Trebbi est un créateur complet que le pli, la découpe et l’assemblage sous toutes leurs formes (en particulier le papier) passionnent.

Habitué à réaliser des maquettes en tant qu’architecte, c’est la découverte des ouvrages de Masahiro Chatani en 1980 qui lui donne envie de passer de la feuille plane aux volumes en 3d. Jean-Charles Trebbi réalise ainsi ses premières architectures de papier et des livres d’artiste uniques ou à tirage limité qui convoquent le pop-up et le papier découpé. Sa passion pour l’assemblage du papier le conduit depuis 2008 à publier des ouvrages théoriques de référence sur les mécanismes de papier.

Dans son dernier ouvrage, L’Art du Pop-up et du livre animé, nous découvrons dans un premier temps les pionniers de ces mécanismes de papier étonnants. On apprend ainsi que le premier livre à volvelles connu daterait de 1230, qu’au XVIIe siècle les premiers livres à tirettes étaient des méthodes pour se préparer aux confessions et que les premiers livres animés pour les enfants sont apparus au XVIIIe siècle seulement.Viennent ensuite les techniques pour réaliser un livre animé, créer du volume, faire apparaître et disparaître des éléments, suggérer le mouvement et les grands noms qui les ont fait connaître : Ernest Nister pour les livres à disques coulissants, Lothar Meggendorfer pour les ouvrages à tirettes, Vojtech Kubasta pour les ouvrages en relief. Pour finir, Jean-Charles Trebbi nous fait découvrir les designers et artistes contemporains qui se sont approprié les techniques traditionnelles du pli et de la découpe pour renouveler le monde des livres animés. Parmi eux, Masahiro Chatani, Philippe Huger, Diane de Bournazel, Gaëlle Pelachaud et Jean-Charles Trebbi lui-même qui propose en début et fin d’ouvrage deux dépliants sophistiqués et un système de tirette sur la couverture permettant d’en modifier le visuel.

L’Art du Pop up et du livre animé, Jean-Charles Trebbi, éd. Alternatives, novembre 2012

En supplément, un extrait de l’article écrit par nos soins pour le livre de Jean-Charles Trebbi : Le pop up dans la littérature de jeunesse. Article réalisé à partir du mémoire de master II Les enfants et les livres animés : à la découverte de l’art comme un jeu, Université de Provence I, 2010.

« Pour séduire le public, les ingénieurs papier sont toujours en quête de nouveaux systèmes, plus complexes et plus saisissants. Amorcé à la fin des années 1970 avec la parution de La maison hantée de Jan Pienkowski, le succès des pop up n’a cessé de croître depuis, atteignant aujourd’hui un point tel qu’on se demande s’il peut progresser encore ou si l’effet de mode ne va pas bientôt s’estomper, le numérique (films en 3D notamment) prenant le pas sur le format papier des livres. Même si le livre animé venait à disparaître en tant qu’objet de consommation, il fera toujours selon nous l’objet d’une recherche sur les couleurs, les formes et les matières. Il continuera ainsi d’être, dans certains cas, un objet d’art.  »

Retrouvez Jean-Charles Trebbi à Marseille pour un atelier « cartes pop up » et une rencontre le mercredi 14 novembre, de 16h à 18h pour l’atelier et à partir de 18h30 pour la rencontre, à la librairie Imbernon, Le Corbusier.  Le 15 novembre, atelier « cartes pop up » à 14h à la librairie Le grenier d’abondance, à Salon de Provence. J’aurai le plaisir de coanimer les deux ateliers et la rencontre.